• Joannie Chassé

Nelly

Salut Nelly,


Tu me pardonneras mes égarements, mais je ne suis pas capable de te prendre autrement que par petites bouchées: tes mots sont lourds et pèsent sur ma vie de femme prévilégiée. J'aspire à les comprendre, à leur donner vie, à rendre justesse à ces idées que tu n'as même pas cherché à cacher, qui sont juste là, dans tes écrits, déposées pour être vues, pour être lues.


Je te bois à petites lampées, parce que ces paroles auxquelles je m'abreuve ont l'effet d'un alcool que j'ai avalé de travers, son effet se fait sentir en moi, chaud, agréable, malgré qu'il me brûle l'oesophage et me coupe le souffle.


Karine Rosso t'a adressé une maginifique lettre d'amour* qui m'a tout simplement bouleversée. Intime à sa propre expérience avec tes textes, son témoignage en est tout de même un collectif. À travers ses mots, j'ai su reconnaître la même Nelly que je découvre aujourd'hui, des années trop tard. Est-ce cela qui a contribué à bâtir ce mal-être chez toi, qui t'a finalement menée à vouloir en finir? Si tes mots avaient été entendus plus tôt, si nous t'avions tous reconnue avant, si tu avais senti tout le soutien des femmes derrière toi dans ta chute, l'aurais-tu évitée?

Comme elle, je m'adresse à toi comme si je te connaissais. C'est sans doute parce que se dégage de tes textes une humanité désarmante à laquelle il me serait impossible de rester indifférente. En te lisant, je suis certaine, tu as inspiré une multitude de femmes à faire de même, à écrire aux devants de ses complexes et de la violence du quotidien.


Vulnérable, j'écris, moi aussi, et je t'imagine lire au dessus de mon épaule, prendre en toi tout l'amour que tu aurais mérité de ton vivant.


*Cette lettre se trouve ici, lue par Karine Rosso à On dira ce qu'on voudra le 24 septembre dernier : https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/on-dira-ce-qu-on-voudra/segments/chronique/135415/nelly-arcand-karine-rosso

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