King Dave - Un pari réussi


King Dave, c’est d’abord la pièce d’Alexandre Goyette datant de 2005 qui a eu une réception très appréciée du public et de la critique. L’acteur a d’ailleurs gagné les prix du meilleur interprète et du meilleur texte original au gala des Masques la même année. C’est aux côtés du comédien Anglesh Major qu’il parvient à une réécriture très pertinente, présentant « une nouvelle réalité, donnant naissance à un personnage ancré dans une autre culture, soumis régulièrement au racisme systémique, et qui parle une langue bien vivante dans les rues montréalaises, mais malheureusement jamais présente sur nos scènes », soulignent les codirecteurs de la nouvelle mouture, Jean-Simon Traversy et David Laurin.


C’est le comédien Patrick Emmanuel Abellard, qui connaît un succès tant sur les planches qu’à la télévision ou au grand écran, qui campe le rôle de King Dave. « Le King de l’esbroufe et de l’anecdote. Le showman, le conteur, le comique, le charmeur, le player. En 2021 King Dave est le même, son histoire est la même. Notre monde, NON », le souligne le metteur en scène, Christian Fortin. Il ajoute : « King Dave ne résonne plus pareil. En ces temps troubles, sa prise de parole va au-delà de son histoire personnelle, elle est maintenant revendicatrice, engagée, incisive et douloureuse. En espérant qu’elle soit réparatrice, engageante et vectrice de changements. »


Avec la musique originale signée Jenny Salgado, autrice, compositrice et interprète québécoise d’origine haïtienne, la pièce présente dans toute ses dimensions une langue bien assumée, propre à Montréal et à ses quartiers. C’était essentiel pour l’artiste, qui voulait profiter de l’occasion pour y aller le tout pour le tout : « Faisons en sorte qu’il représente réellement ce que c’est d’être un jeune Noir montréalais au Québec en 2021. Amenons les gens à porter une oreille et un regard attentifs sur ce qui est laissé dans l’ombre ou marginalisé. » Mais la pièce se présente, qu’on le veuille ou non, dans une multitude d’idées préconçues : « Mais, on ne se cachera pas que comme ici le personnage est noir, il y a dans la tête de tout le monde un préjugé automatique. Autant chez les Noir·e·s que chez les Blanc·he·s, d’ailleurs. Pourquoi ? Parce dans l’histoire et jusqu’ici, en 2020, les personnages noirs — surtout les jeunes hommes noirs —, que l’on a vus sur nos écrans et sur nos scènes, sont souvent associés à quelque chose de réducteur et de négatif, sans explications ni profondeur. »


Alors, le pari est-il réussi? Absolument.


Dans une interprétation sensible, engagée en engageante, Patrick Emmanuel Abellard nous emporte avec lui, nous fait rencontrer un homme complexe, multidimensionnel. Différents personnages prennent vie sur scène alors qu'il est seul, son registre est impeccable, et les presque deux heures du spectacle passent sans qu'on ne s'en rende compte. L'humour côtoie de très près la noirceur dans King Dave, et la salle du Théâtre Gilles-Vigneault, presque pleine ce soir-là, reçoit la prestation avec beaucoup d'écoute. Le comédien, qui offre ce monologue avec brio, ne laisse personne indifférent, et cela se ressent dans l'échange qui nous est offert avec lui après la pièce. À peine 5 minutes pour reprendre son souffle que Patrick Emmanuel Abellard est assis devant nous, l'air serein, mais énergisé par l'intérêt du public, et la soirée se termine parfaitement.


À voir sans hésiter.


DGLove



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